Histoire de mes tâtonnements pour en définir le meilleur procédé
2 - SOUVENIRS D'ENFANCE
6 Décembre 2008
Alger, 1957, j’ai huit ans.
Ma mère prépare le repas. J’ai faim, je tourne autour d’elle. Maman, je veux t’aider, qu’est-ce que je peux faire ?
Ma mère sort une bouteille de sous l’évier et me la tend. Tiens, voilà le vinaigre, tu vas préparer la vinaigrette. Et voici la bouteille d’huile. Prends aussi du sel et du poivre.
Je l’avais souvent vu faire. J’avais même une fois tourné la fourchette pour remuer les ingrédients dans le saladier. Mes responsabilités montaient d’un cran, je me sentais fier.
Maman, regarde, il faut jeter la bouteille, le vinaigre n’est plus bon, il y a une grosse bête dedans. Beurk ! Je prends la bouteille du bout des doigts.
Attention, tiens la mieux, tu vas la laisser tomber ! me répond-elle. Ce n’est rien, la grosse bête, comme tu dis, c’est la mère du vinaigre.
Ah ? Sa mère ? Cette chose peu ragoûtante, d’un violet sombre, aux contours mal délimités, qui remue comme un méchant animal marin dès qu’on bouge un peu la bouteille ?
Oui, c’est ce qui permet au vin de devenir du vinaigre.
En versant quelques gouttes dans la cuillère (1 cuillère de vinaigre et deux d’huile, me dit-elle) avant de les déposer dans le saladier, je m’aperçois qu’il y a des petits morceaux de mère qui viennent avec. Re-beurk ! Discrètement, je les retire du bout des doigts et essuie mes mains sur mon pantalon, avant de mélanger, soulagé, les ingrédients dans le saladier.
Mémé, elle rajoute un peu de moutarde, elle dit que cela fait mieux tenir sa sauce. J’en mets aussi ?
Non, une vinaigrette, c'est sans moutarde. S'il y en a, c'est... une sauce moutarde !
Cinquante et un an après, je me souviens parfaitement de cette première expérience. Et lorsque je me rends compte que quelques bouteilles de bon vin, prises dans ma « collection », sont trop vieilles (20 ans !) et ne sont plus le nectar que j’apprécie, je pense aussitôt au vinaigre Amora de mon enfance, et je me décide à fabriquer mon premier vinaigre avec, histoire de me faire la main...
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