Histoire de mes tâtonnements pour en définir le meilleur procédé
14 - Premiers contacts avec un Maître Tonnelier
24 janvier 2009
Mi-décembre 2008, j’ai cherché à rencontrer des artisans tonnelier pour leur présenter mon projet et leur demander leur avis sur la faisabilité de tonneaux de dimensions différentes dans des essences de bois très rarement utilisées dans la tonnellerie française. La seule entreprise du Loiret figurant dans les pages jaunes est en cours de fermeture, l’artisan m’ayant dit au téléphone que les scieries refusaient maintenant de lui livrer des merrains en petites quantités et qu’il avait donc décidé de mettre la clé sous la porte. Manifestement, la tonnellerie devient (comme beaucoup de productions, hélas) le domaine réservé des grosses entreprises… Dans les départements voisins, un Maître Tonnelier installé depuis de nombreuses années à Vineuil, près de Blois, Monsieur Jacky BLANCHARD, a eu la gentillesse de me recevoir. Il est justement en train de céder son entreprise (la Tonnellerie du Val de Loire) à une scierie-menuiserie familiale des environs, qui fabrique déjà des lames de parquet et des merrains de chêne et souhaite maintenant s’investir dans la tonnellerie. Cette démarche familiale me paraît être une façon fûtée et moderne de réagir aux grandes concentrations d'entreprises. C’est l’un des membres de la famille, un menuisier expérimenté, qui gèrera ce secteur d’activité de l’entreprise. Les machines de la tonnellerie seront donc très bientôt transférées sur le nouveau lieu de production.
Afin de transmettre son savoir inestimable, Monsieur BLANCHARD a eu l’intelligence d’embaucher ce menuisier pendant quatre ans avant de "l’adouber" comme tonnelier. Ce genre de démarche est à signaler, car elle est malheureusement trop rare chez nos artisans qui prennent leur retraite.
Monsieur BLANCHARD m’a reçu avec beaucoup de courtoisie, bien que se retirant de la vie professionnelle, mais il ne m’a pas caché que ce serait difficile de trouver du bois à merrain dans les essences qui m’intéressent. Au fait, savez-vous ce qu’est le merrain ? Ce sont des lames de bois, d’épaisseur 24 ou 27 mm, obtenues de façon très particulière et qui seront courbées à la chauffe pour devenir les douelles des tonneaux. Contrairement à ce qui se passe pour les planches destinées à la menuiserie (notamment pour le parquet), où le tronc est scié dans toute sa longueur et remis à sécher avec de petites cales, pour faire du merrain le tronc de chêne est d’abord coupé aux longueurs souhaitées (la hauteur des tonneaux) puis fendu verticalement. Le merrain doit en effet être impérativement pris dans le fil du bois, ce qui évitera au tonneau de fuir. Cette façon de le débiter génère de nombreuses chutes, en partie utilisées plus tard pour la chauffe des tonneaux. Le coût de revient du merrain est donc nettement plus élevé que celui des autres bois utilisés en menuiserie.
C’est aussi pour cela qu’on ne peut utiliser du bois de merrain pour faire du parquet. Le fil du bois a tendance à se redresser et il est impossible de le poncer de façon parfaite pour obtenir de belles lames de parquet (je vous renvoie au chapitre sur les fûts cubiques, la société suisse CYBOX qui les fabrique déclarant sur son site qu’elle utilise les douelles usagées pour les transformer en parquet…).
J’ai profité de ma visite pour acheter un petit tonneau de châtaignier dans lequel vieillit actuellement mon vinaigre maison.
J’ai eu aussi l’occasion de discuter avec le successeur de Monsieur BLANCHARD, Manu BRIET, passionné par son métier, dont l’accueil a été fort cordial et qui s’est dit très intéressé par ma démarche. Il accepte de participer à mes réflexions techniques. Je vous tiendrai au courant dans un prochain chapitre de mes échanges avec ce Monsieur.
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