Histoire de mes tâtonnements pour en définir le meilleur procédé
8 - L’histoire vraie du vinaigre balsamique
3 janvier 2009
J’ai fait des recherches, via www.google.it, pour en savoir plus. Les secrets de production du vinaigre balsamique traditionnel se sont presque perdus lorsque Napoléon a envahi le nord de l’Italie et vendu aux bourgeois des environs les tonneaux de balsamique trouvés dans le palais ducal de la famille d’Este, à Modène. Ceci est attesté par le chroniqueur Antonio ROVATTI, dans son manuscrit de 1796, qui décrit la vente pour le compte de la République Française « du Vinaigre Balsamique de l'ex-Duché, gardé dans 36 barils, dans le troisième donjon de l’ancien palais ducal, derrière San Domenico », la chambre du pré, dans la tour sur le côté tourné vers l'Église de San Domenico.
Mais quelles traces écrites a-t-on de l’histoire du balsamique ?
L’une des entreprises de production italiennes les plus réputées (la Modelleria COTTI) donne de nombreuses précisions sur son site :
http://www.modelleriacotti.it/aceto_balsamico.htm
N’hésitez pas à y faire un tour et à rêver. Vous y verrez notamment que la fabrication du balsamique n’est qu’une activité annexe de cette famille.
Le Consortium du Vinaigre Balsamique de Modène (Consorzio Aceto Balsamico di Modena) donne aussi des informations à cette adresse :
http://www.consorziobalsamico.it/FRA/index.htm
Toutes ces données sont bien sûr en Italien. Je les ai traduites et résumées pour vous :
Le premier témoignage écrit sur le
balsamique provient d’un certain DONIZONE, moine bénédictin qui vécut entre le
onzième et le douzième siècle. Dans sa chronique « Vita Mathildis »,
DONIZONE raconte comment, à l’occasion d’une étape à Plaisance en 1046, le roi
et futur empereur Enrico II de FRANCONIA envoya l’un de ses messagers apporter
au marquis Bonifacio de CANOSSA, le père de Matilde, « puisqu’il en
voulait, de ce vinaigre tant réputé que l'on faisait dans la forteresse de
Canossa ».
Le chroniqueur Modénois du dix-neuvième siècle Antonio VALLISNIERI rapporte comment étaient déjà conservés des tonneaux de vinaigre à la Cour, aux alentours de 1228, aux temps d'Obizzo II, seigneur de Ferrare, de Modène et de Reggio Emilie.
Un ouvrage de la Cour ducale de 1556, intitulé « La Grassa » effectue un scrupuleux classement des types de vinaigre sur la base de leurs différentes possibilités d’utilisation. Nous en déduisons qu'à la Cour, on connaissait clairement les différentes sortes de balsamique et qu'on en destinait le meilleur à des personnages de haut rang et à certaines occasions importantes.
Vers 1598, Modène devint capitale du Duché et à cette période remontent des documents qui attestent encore plus explicitement de l'intérêt de la Cour ducale pour ce produit.
Une lettre du procureur de la Cour, Giovanni Francesco VEZZALI, datée de 1597 et adressée au Facteur général de la Cour, le Sieur Ercole Extenso MOSTI, concerne l'achat de batteries pour les vinaigres.
L'année suivante, le Gouverneur ducal, Giovanni Battista CONTUGO, dans une lettre adressée à la Chambre ducale, informe avoir trouvé des raisins aptes à être utilisés en vinaigrerie.
Le terme est probablement né à cette époque à cause de son utilisation à des fins thérapeutiques (Gioacchino ROSSINI, dans une lettre à son ami Angelo CASTELLANI, écrit : « …une seule petite goutte de vinaigre de Modène, à l’efficacité rafraîchissante et balsamique, réussit en un bref laps de temps à me redonner la santé et la paix de l’esprit… »).
Vers 1508, Lucrèce BORGIA, en donnant
le jour à Ferrare à son fils Ercole II, en expérimenta, dit-on, les propriétés
thérapeutiques, juste après son accouchement.
Pendant l’épidémie de peste de 1630, le vinaigre servit comme « préservatif à la contagion » et contre « l’empoisonnement de l'air » (On s’en servait en ablutions et en gargarismes, en l'utilisant comme cordial, comme tonique, contre l'air infecté en laissant tomber quelques goutes sur les braises de la cheminée).
Le très célèbre Gioacchino ROSSINI remercie, dans une lettre, le compositeur et musicien Angelo CATELANI, Maître de Chapelle du Dôme, à Modène, de lui avoir envoyé une petite bouteille de balsamique pour l'aider à vaincre le scorbut, mal qui affectait depuis longtemps le maestro pisan.
Une confirmation des propriétés curatives des inflammations des muqueuses nous est donnée dans des documents concernant le duc de Modène Francesco IV (1779 - 1846) qui voyageait toujours avec un coffret du précieux liquide dans sa voiture, employé comme réconfortant pour sa délicate santé.
La tradition populaire confère au
vinaigre balsamique d’autres pouvoirs singuliers, dont une vertu aphrodisiaque.
Vertu qui, toujours selon la tradition, fut expérimentée avec succès par
Isabella GONZAGA. Il s’est raconté plus tard que même Giacomo CASANOVA en
connaissait les effets magiques.
En 1839, le Comte Giorgio GALLESIO, savant de l’époque, connu pour son important traité d’arboriculture « La Pomona Italiana », s’était arrêté en visite dans la résidence du Comte SALIMBENI di NONANTOLA, pour étudier les variétés de raisins et de vins de la région de Modène. Frappé et intrigué par la vinaigrerie familiale de son ami, il y resta plusieurs jours pour étudier les techniques de production. Ses notes manuscrites, retrouvées en 1993 à Washington, constituent le document « technique » le plus ancien dans lequel soit décrit le procédé de production du vinaigre à Modène.
Il classe notamment les vinaigres en deux catégories : celui obtenu de « moût cuit » et celui obtenu de « moût fermenté et de vin », définissant le premier comme « sublime », l’autre comme simplement « excellent ».
Le 4 mai 1859, se rouvrirent les fenêtres de la Chambre du Pré. Cette fois, après le plébiscite, arrivaient à Modène le nouveau souverain Victor Emmanuel II et le premier ministre Camillo BENSO, Comte de Cavour. Cette visite préluda malheureusement à la fin des célèbres vinaigreries du duc. Cavour commanda en effet de transférer les meilleurs tonneaux dans son château de Moncalieri, où, loin de sa terre et de son climat, le balsamique sera laissé à l’abandon jusqu'à quasiment disparaître.
C’est à cette même période que se situe la requête de l'œnologue Ottavio OTTAVI, de Casale Monferrato, à l'avocat Modénois Francesco AGGAZZOTTI, expert ès-production de balsamique, de lui apporter des éclaircissements pour la conduite d'une vinaigrerie. S’appuyant, paraît-il, sur un manuscrit anonyme de l’an 700, Francesco AGGAZZOTTI répondra par une lettre dont le contenu décrit la procédure à suivre pour la préparation du balsamique. Cette lettre deviendra pour les Modénois le « bréviaire » des soins à apporter dans la conduite d’une vinaigrerie.
Commentaires : 6 messages
Norman |
mercredi 8 avril 2009 02:14
bonjour,
votre idée est formidable....j'ai eu la mëme idée pour le Canada, si vous souhaiter échanger ce pourrais être intéressant pour nous deux et tous ceux qui en bénéficieront. au plaisir |
|||
|---|---|---|---|---|
|
Balsamique |
jeudi 23 avril 2009 13:43
mercredi 22 avril 2009
Oh que oui, ça m'intéresse beaucoup Norman ! Aurez-vous la patience d'attendre 12 ans au minimum pour apprécier le fruit de vos efforts ? Je suis pour ma part bien décidé à faire le mieux possible, bio, écolo, etc... Mais vouloir bien faire n'évite sûrement pas les pièges ! Si nous menons nos projet de front, nous nous enrichirons mutuellement et nous éviterons peut-être ainsi de faire des erreurs. Alors, chiche ? |
|||
|---|---|---|---|---|
Norman |
dimanche 10 mai 2009 02:41
Excuse ce petit retard mais le vinaigre a ses exigences.......:-) recherche de barils , arrangement avec producteurs de bleuets et études sur la qualité des bois utilisé.
Je constate par mes recherches que l'actualité mondiale est préocuper par la qualité des bactéries utilisées dans la fabrication du vinaigre. Est ce que tu aurais de bonne adresses pour des fûts de chataigniers, de muriers, de frênes et de génévriers? Et oui je serai capable de voir passer ces prochains douze années avec passion et plaisirs....parce que je n'arrête pas de goûter de bons vinaigres ....ou en passe de devenir trèes bon. C'est fou lorsque tu t'intéresse a un domaine particulier...........combien d'autres fous tu rencontre..............c'est passionnant. Norman |
|||
|---|---|---|---|---|
|
Balsamique |
mercredi 13 mai 2009 14:54
Salut Norman ! Même les italiens ne trouvent plus de tonneaux dans ces bois rares, et ils doivent conserver leurs vieux fûts pendant des années. ce qui fait qu'ils sont colmatés et même dangereux sur le plan bactériologique ! J'ai trouvé une bonne façon de contourner le problème : Va voir mon chapitre 19, et surtout dis-moi ce que tu en penses, ce blog est fait pour cela !
A bientôt, René |
|||
|---|---|---|---|---|
Norman |
jeudi 14 mai 2009 04:42
Salut René,
tout d'abord je te lève mon chapeau pour tout le boulot que tu fais pour informer les amateurs de vinaigres et les curieux! Bravo! J'ai bien lu ton chapitre 19, la trouvaille est ingénieuse, reste a goüter les résultats. Mes lectures et mes discussions dans le domaine font état par plusieurs producteurs d'ajoue de copeaux de bois de l'essence désiré directement dans une jarre ou un tonneau en inox ou autre matériel. La jarre que tu préconise est utiliser au Japon déja, mais je ne connais pas tous les détails. Après ma rencontre avec Monsieur Uchibori du Japon il y a environ dix huit mois, Je peux te confirmer que nous faisons office d'apprenti en matière de vinaigre...( ce que nous sommes sans doute) Ils ont déja une avance considérable avec leurs vinaigres breuvages, et avec leurs vinaigres dessert. Après avoir déguster , je te confirme que c'est excellent. Du fait que les transformations chimiques en cour sont plutot empirique, je me questionne sur l'effet de pression qu'exerce la mère du vinaigre dans un tonneau. Le vieillissement des vinaigres a pour but de leurs donner une valeur rajouter par le développement d'arômes complexes. Je crois donc que toutes méthodes qui peut aider a atteindre ce but est a poursuivre. Je serai preneur pour tes jarres surdimentionner......combien d'euros pour ces colosses.? Au plaisir Norman |
|||
|---|---|---|---|---|
|
Balsamique |
lundi 18 mai 2009 19:06
Bonsoir Norman,
Tu peux utiliser bien entendu des récipients en inox. Mais il faut faire attention au couvercle : il doit y avoir échange avec l'air extérieur, mais pas trop car l'évaporation serait alors trop forte. Pas simple à doser. Mois j'aurai eds couvercles en grès émaillé avec des trous de la taille d'un bouchon de bouteille, de sorte que je pourrai en ouvrir certains et pas d'autres si nécessaire... Faut pas perdre plus de 10 % par an... Quant aux copeaux de bois, ils sont parfois utilisés en France pour les vins de table, mais interdits pour les AOC. Mais rien n'empêche de s'en servir pour le balsamique. Pour ma part, je cherche à donner une certaine classe à la production, d'où mon projet détaillé chapitre 19. Les jarres me sont fabriquées par le maître artisan dont les coordonnées sont sur la même page, pour 150 € pièce. Mais elles sont trop lourdes pour les expédier vers le nouveau monde, il vaudrait mieux que tu trouves quelqu'un sur place. La mère de vinaigre n'exerce aucune pression sur le tonneau, elle se développe en profondeur, elle s'épaissit. Mais cela ne dure que trois ou quatre ans. Après, aucune mère ne se forme plus, car l'acétification est terminée. Seul le vieillissement fait progresser le produit et transforme peu à peu le vinaigre en condiment, en faisant baisser l'acidité à 4 ou 5 degrés acétiques. Je ne connais pas les produits japonnais, mais je me doutais qu'ils avaient fait des essais, car ils aiment bien manger. A plus. René |
|||
|---|---|---|---|---|
